Communiqué de l’AURDIP suite à la rencontre avec les présidents de l’INRA et du CIRAD

| AURDIP |

Une délégation de l’AURDIP, composée d’Ivar Ekeland, président, et de Bernard Caillaud, a été reçue jeudi 26 Novembre par Messieurs Houllier, président de l’INRA, et Eddi, président du CIRAD. Cette rencontre faisait suite à la lettre adressée le 30 Avril par l’AURDIP aux présidents de l’INRA et du CIRAD ; un premier contact avait été pris au mois de Juillet.

Nous avons soulevé d’emblée la question du contrat passé par l’INRA avec la société Golan Wineries, installée en territoire occupé. Cette question avait déjà été évoquée dans notre réunion précédente, ainsi que par le Conseil Scientifique de l’INRA. Le président Houllier nous a fait la même réponse qu’au Conseil Scientifique, à savoir qu’il avait fait étudier la question, qu’il s’agissait en fait d’un contrat conclu avec une filiale d’une filiale de l’INRA, et que pour autant qu’il puisse en juger il n’avait donné lieu à aucune prestation. Ceci dit, il en avait néanmoins demandé la suspension.

Le président Houllier nous a dit avoir reçu, en compagnie du président Eddi, un conseiller de coopération au Consulat Général de France à Jérusalem, afin de s’entretenir avec lui des possibilités de coopération avec la Palestine, puis l’ambassadeur de Palestine en France, sur le même sujet.

Bernard Caillaud a fait un exposé sur la situation de l’agriculture dans les territoires occupés, exposé que l’on pourra lire ailleurs sur ce site. Nous avons remis aux présidents Houllier et Eddi une liste de contacts en Palestine dans le domaine de la recherche et de la formation en agriculture et en biologie, liste que l’AURDIP a établie cet été, avec l’aide de nos amis du BRICUP et du CICUP.

L’exposé de Bernard Caillaud et le travail effectué par l’AURDIP ont suscité des réactions extrêmement positives. Nous avons insisté sur le fait qu’à notre avis, toutes les situations en Palestine sont locales, en raison du morcellement imposé par l’occupation, et que les coopérations ne peuvent se faire qu’avec une institution nommément désignée, université ou institut polytechnique, et de préférence sur un programme de formation et/ou de recherche précis. Les présidents nous ont dit que l’INRA et le CIRAD avaient l’habitude d’accueillir des étudiants et des chercheurs étrangers, et que si la question financière et l’obtention des visas pouvaient être réglées, les palestiniens pourraient en bénéficier, mais qu’il leur semblait plus difficile d’envoyer des gens sur place. Ils ont suggéré de mettre en place des MOOCS. Enfin, le président de l’INRA s’est déclaré favorable à diverses formes de transfert de technologie en direction de la Palestine, en particulier via l’attribution de licences gratuites sur brevets, à condition d’avoir un interlocuteur institutionnel capable d’identifier les technologies qui pourraient être concernées et d’en assurer l’exploitation (ou en coordonner l’exploitation) sur place.

Un échange intéressant a eu lieu sur les thèmes de collaborations possibles. Il semble que la biologie moléculaire, qui est un des points forts de l’INRA et sur lequel nous avons identifié des chercheurs palestiniens en soit un, de même que la recherche sur l’utilisation en agriculture des eaux usées, thème crucial à Gaza, et sur lequel le CIRAD s’est déclaré intéressé. Les deux organismes se sont par contre déclarés peu compétents sur le thème de l’agriculture en milieu semi-aride, un thème central pour la Palestine, malgré la participation de l’INRA et/ou du CIRAD à des programmes européens qui couvrent ce sujet et auxquels des centres ou universités israéliens participent.

Nous sommes tombés d’accord que l’on ne saurait se contenter de contacts individuels, ni de contacts à un niveau trop élevé (ministères ou ambassades), et qu’il faudrait donc envoyer une mission en Palestine pour visiter les universités et instituts polytechnique, et identifier des correspondants et des projets. Nous nous sommes séparés en convenant de poursuivre la réflexion en commun et de nous revoir prochainement.

L’AURDIP a une double mission, le respect du droit international en Palestine d’une part, le soutien aux universités palestiniennes d’autre part. Nous ne pouvons donc que nous réjouir que l’INRA et le CIRAD envisagent sérieusement de soutenir la recherche et la formation en agriculture et en biologie en Palestine. L’INRA est déjà engagée dans des projets européens, comme WEALBI, qui vont faire rentrer des sommes considérables dans la recherche agronomique israélienne, et le danger est bien évidemment qu’un début de coopération avec la Palestine, coopération qui sera nécessairement longue à mettre en place, serve d’alibi au développement d’une coopération bien plus avancée avec Israël, qui aboutira à l’étouffement programmé de l’agriculture palestinienne, déjà bien mal en point. C’est pourquoi il faut rester extrêmement vigilant sur les coopérations avec les institutions israéliennes, en veillant notamment (mais pas seulement) à ce que les lignes directrices de l’UE soient bien appliquées. L’AURDIP se tient prête à assister l’INRA et le CIRAD dans la recherche de coopération avec la Palestine, et considère que c’est faire œuvre utile, mais nous considérons aussi que le mal dont souffre l’agriculture palestinienne, et contre lequel il faut lutter, c’est l’occupation militaire, et l’accaparement des terres et des ressources.