Cher Stéphane Hessel, voici un chemin d’espace-temps

|

Intervention de Gérard Toulouse, physicien (Ecole normale supérieure, Paris) et membre de l’AURDIP, prononcée le mardi 18 janvier 2010 lors du rassemblement autour de Stéphane Hessel, devant le Panthéon.

En hommage à ton parcours si chargé de sens, cher Stéphane Hessel, voici un chemin d’espace-temps, esquissé en cinq étapes.

Si vous regardez dans cette direction (Ouest), depuis le haut du dôme, vous discernerez au loin la colline de Saint-Cloud, où se manigança en 1956 la désastreuse expédition de Suez, entre Français et Israéliens, entraînant les Britanniques avec eux.

Un peu plus proche, la colline de Chaillot où fut adoptée, le 10 décembre 1948, la Déclaration universelle des droits de l’Homme, dont Stéphane est désormais le seul survivant parmi l’équipe de rédaction.

Plus près encore, le siège de l’Unesco, d’où se retirèrent avec fracas, en 1984, les Etats-Unis de Ronald Reagan et le Royaume-Uni de Margaret Thatcher, au motif que s’y exprimaient des critiques contre l’Afrique du sud de l’apartheid et l’Israël de Shamir-et-Peres, présentés par Reagan et Thatcher comme deux pays alliés, aux avant-postes du monde libre.

Visible depuis ce parvis, le jardin du Luxembourg où sur la stèle dédiée à Baudelaire, sont inscrits ces quatre vers :

Car c’est vraiment Seigneur le meilleur témoignage

Que nous puissions donner de notre dignité (dignité !)

Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge

Et vient mourir au bord de votre éternité.

Tout proche enfin, en contrebas, au coin de la rue Soufflot et de la rue Le Goff, l’immeuble d’enfance de Jean-Paul Sartre, qu’il évoqua avec brio dans ce chef-d’œuvre littéraire que sont Les Mots.

Merci, cher Stéphane, pour ton courage.
Merci pour le sens que tu as su apporter dans nos vies, et en ces lieux.

Gérard Toulouse, physicien (Ecole normale supérieure, Paris) et membre de l’AURDIP.