‘Ce refus ne m’intimidera pas, nous continuerons le travail’ : Israël empêche Ubai Aboudi, du Centre Bisan, de se rendre en Amérique du Nord

| Michael Arria pour Mondoweiss | Traduction CG pour l’AURDIP |

Ubai Aboudi a été arrêté par les forces israéliennes alors qu’il essayait d’entrer en Jordanie pour se rendre au Forum social mondial à Mexico. Il était aussi prévu qu’Aboudi fasse une tournée de conférences aux Etats-Unis.


Ubai Aboudi, directeur exécutif du Centre Bisan pour la recherche et le développement, a été arrêté par les forces israéliennes alors qu’il essayait d’entrer en Jordanie. Aboudi était en route pour assister au Forum social mondial à Mexico.

En octobre 2021, le gouvernement israélien a désigné comme organisations terroristes le Centre Bisan et cinq autres groupes palestiniens de défense des droits humains. Israël n’a toujours pas apporté de preuve pour ces allégations, mais ils ont fourni à l’époque leurs indices présumés à la Maison blanche. Plus de six mois plus tard, l’équipe de Biden n’a toujours pas commenté le contenu de l’information. Plus tôt cette semaine, le porte-parole du Département d’Etat, Ned Price, a dit que le gouvernement était encore en train de l’examiner.

Aboudi a documenté son expérience dans un fil Twitter :

L’Israël de l’apartheid m’a aujourd’hui refusé de sortir pour participer au Forum social mondial à Mexico. J’étais supposé prendre part au panel « RÉSISTANCE DANS LE VIDE : PREUVES SECRÈTES, LOGICIELS-ESPIONS ET DÉSIGNATIONS TERRORISTES : LA LUTTE POUR LA SOCIÉTÉ CIVILE GLOBALE COMMENCE EN PALESTINE ».

Bien que mon dernier voyage remonte à exactement un mois (29 mars 2022), aucune raison n’a été donnée à ce refus, mes demandes répétées pour qu’on me donne un motif ou pour parler à un officier supérieur se sont vu opposer un refus.

J’avais réservé des billets pour Mexico et pour les Etats-Unis afin de participer à des événements et à une tournée de conférences pour aider à exposer les violations des droits humains et rencontrer d’autres défenseurs des droits humains et activistes afin de nous coordonner et de contester le statu quo.

En tant que Palestinien, vous n’avez aucun droit aux yeux de #ApartheidIsrael. Même si vous avez une citoyenneté américaine. Bien sûr, mon épreuve a été bien plus légère que celle d’Omar Asad ce Palestino-Américain de 80 ans qui, selon des témoins, a eu les yeux bandés, a été menotté et abandonné à la mort à un checkpoint].

Toutes ces violations des droits humains n’arriveraient pas sans la complicité de gouvernements et de responsables qui refusent de faire rendre des comptes à #ApartheidIsrael pour ses crimes. Ce refus ne m’intimidera pas, nous continuerons le travail.

L’avocate des droits humains Katherine Gallagher a envoyé un tweet au Secrétaire d’Etat Tony Blinken : « Un citoyen des Etats-Unis vient de se voir refuser par Israël le droit de voyager et la liberté de mouvement. Quelles mesures prenez-vous pour protéger les droits d’Ubai Aboudi, qui a été ciblé en tant de défenseur palestino-américain des droits humains ? #StandWithThe6 »

Ce n’est pas la première fois qu’Aboudi se trouve visé pour le travail de son groupe sur les droits humains. L’an dernier, il a été révélé qu’il était une des six personnes travaillant pour des ONG palestiniennes dont les téléphones ont été piratés par Pegasus, le logiciel espion développé par l’entreprise israélienne de technologie, le groupe NSO. Les désignations de terrorisme par Israël ont été annoncées peu de temps après que les nouvelles du piratage ont été rapportées par le groupe Frontline Defender. Le gouvernement Biden a mis en place des sanctions contre NSO, mais le gouvernement israélien a fait pression pour qu’elles soient levées.

« Nous savons à quoi ressemble la répression. Dénigrer des défenseurs des droits humains et répandre de la propagande pour délégitimer leur travail », a twitté à l’époque le directeur exécutif de la Campagne américaine pour les droits palestiniens, Ahmad Abuznaid. « Surveiller les militants et les journalistes qui osent exposer la vérité. Tout en continuant à commettre des violations des droits humains sur une base quotidienne. Le régime israélien est un état d’apartheid ségrégé-et- inégal, employant la moindre tactique autoritaire à sa disposition, mais nous connaissons la vérité : que la libération arrive et que la Palestine sera libre. »

Le 22 mai, Israël commencera à imposer des règles plus strictes sur les étrangers entrant en Cisjordanie, une mesure qui est vue comme un moyen pour le pays de contrôler davantage les Palestiniens. Les Palestiniens détenteurs d’un passeport étranger devront fournir à Israël les noms et les numéros de passeport nationaux des parents et amis chez lesquels ils projettent de rester. « C’est un exercice de surveillance », a dit à Al Jazeera l’analyste politique Al Shabaka, Marwa Fatafta. « Avec la nouvelle politique, les autorités israéliennes veulent cartographier les cercles sociaux et les biens des Palestiniens qui vivent à l’étranger avec des passeports étrangers. Le système d’identification tout entier est construit pour contrôler les deux aspects les plus cruciaux de la Palestine : les personnes et la terre. Maintenant, d’une certaine façon, cela s’appliquera aussi aux Palestiniens qui ont des liens avec la Cisjordanie. »

Quand il a été questionné sur les nouvelles règles, lors d’un briefing du Département d’Etat cette semaine, Ned Price a dit qu’il « n’était pas familier avec elles pour l’instant ».