Berkeley se désinvestit de G4S profiteur de la torture

| Nora Barrows-Friedman pour The Electronic Intifada | Traduction J.Ch. pour l’AURDIP |

La ville de Berkeley, en Californie, a adopté une résolution pour se désinvestir des entreprises pénitentiaires privées, dont G4S, prestataire de services des prisons israéliennes dans lesquelles les Palestiniens sont régulièrement torturés.

Dans cette résolution, approuvée le 19 juillet par le conseil municipal, il est demandé à Berkeley de se désinvestir des sociétés pénitentiaires privées et, à ses partenaires professionnels, dont le géant de la banque Wells Fargo, de suivre son exemple.

La résolution vise les acteurs principaux de l’industrie pénitentiaire privée des Etats Unis, dont le groupe Geo, la Corrections Corporation of America (CCA) et G4S.

G4S est l’une des plus grosses entreprises au monde et fournit des services de sécurité aux prisons américaines.

Elle agit aussi dans les prisons israéliennes, où les Palestiniens, adultes et enfants, subissent les interrogatoires, la torture et la détention sans charges ni procès.

Cette entreprise est de longue date la cible de la campagne, menée par les Palestiniens, de boycott, désinvestissement et sanctions pour son implication dans l’occupation militaire et les systèmes pénitentiaires d’Israël.

G4S a perdu des millions de dollars de contrats avec des entreprises, des syndicats et des universités à cause de la campagne grandissante de boycott. L’Église Méthodiste Unie et la Fondation Bill et Melinda Gates ont elles aussi retiré leurs investissements dans cette société.

Plus tôt cette année, G4S a annoncé qu’elle quittait le marché israélien et vendait sa filiale israélienne, mais l’entreprise a de nombreux antécédents de promesses non tenues.

La résolution a été présentée en juin au conseil municipal de Berkeley par Enlace, coalition de centres, syndicats et organisations communautaires de travailleurs à bas salaire du Mexique et des Etats Unis, ainsi que des membres de la Coalition des Noirs Africains (ABC), qui représente les étudiants noirs sur les campus de l’Université de Californie.

Les Amis de Sabeel d’Amérique du Nord, association oecuménique de défense des droits des Palestiniens, « ont encouragé l’inscription de G4S dans la liste des sociétés » visées par le désinvestissement à cause de son double rôle aux Etats-Unis et en Israël, selon un communiqué de presse.

« C’est un processus simple pour n’importe quelle ville de pouvoir construire une coalition forte de membres concernés de la communauté », a dit Rochelle Gause, organisatrice nationale de l’association.

Pressions sur Wells Fargo

La ville de Berkeley devra évaluer les risques financiers potentiels sur son économie avant d’agir, a dit Kriss Worthington, conseillère municipale, comme cela a été dit dans le Daily Californian.

Ancien stagiaire de Worthington, le doyen de l’université de Berkeley, Boomer Vicente, a écrit l’article du conseil municipal ainsi qu’une résolution similaire de 2015 pour le conseil des étudiants de l’université.

« En adoptant ce genre de stratégies, on fait savoir aux entreprises comme Wells Fargo et d’autres sociétés qui investissent dans l’industrie pénitentiaire que les êtres humains ne sont pas une ressource financière ; elles ne devraient pas tirer profit de leurs souffrances », a dit Vicente à l’Electronic Intifada.

« Boycotter ces sociétés investisseuses, c’est notre façon de protester contre l’industrie pénitentiaire privée et de jouer un rôle dans son démantèlement », a-t-il ajouté.

En mars 2014, la ville de Berkeley avait plus de 6 millions $ investis dans Wells Fargo.

Cette banque est l’un des plus gros investisseurs dans l’industrie pénitentiaire privée. Même si elle a vendu la plus grande part de son stock dans les avoirs de Geo Group après les campagnes de désinvestissement qui ciblaient la société, Wells Fargo a accru ses intérêts dans CCA. Fin juin 2014, elle possédait 1 million de parts dans la société, évaluées à près de 37 millions $ selon les Nouvelles Judiciaires des Prisons.

Vicente a fait remarquer que Berkeley est la deuxième ville des Etats Unis – après Portland, Oregon – à approuver un point politique comme celui-là « et la première du pays à recevoir un soutien de son université locale ».

« Une victoire extraordinaire »

La Coalition des Noirs Africains a fait assidûment campagne contre les investissements de l’université dans l’industrie pénitentiaire privée domestique et internationale.

En décembre 2015, à cause de la pression soutenue d’ABC et des associations étudiantes alignées, les Régents, instance directrice de l’université de Californie, ont annoncé qu’ils allaient retirer la totalité de leurs investissements d’une valeur de 25 millions $ des prisons privées.

Anthony Williams, directeur des communications sur le désinvestissement des prisons chez ABC, a dit qu’il était « enchanté » de la nouvelle résolution du conseil municipal.

« La ville de Berkeley et l’université de Californie [à] Berkeley ont une réputation plus ’libérale’, et pourtant, en dépit des implications de l’esclavage moderne par l’incarcération, la ville était encore investie dans les prisons privées », a dit Williams, chargé de cours à l’université de Berkeley, à l’Electronic Intifada.

Pour la Commission municipale Paix et Justice, soutenir cette résolution, parallèlement à Enlace et ABC, « était une victoire extraordinaire pour les personnes incarcérés au niveau local », a-t-il dit.

Alors que la résolution de la ville et le désinvestissement de l’UC des prisons privées étaient des victoires bienvenues, ABC remarque que le système UC demeure lourdement investi dans Wells Fargo.

Les 425 millions $ que l’UC a investis dans Wells Fargo sont un signe de sa complicité et sont en contradiction avec la vente de ses parts dans les prisons privées », a expliqué Williams.

Williams a fait remarquer que l’approbation de la résolution du conseil municipal « aidera » à organiser la pression sur le géant de la banque, « mais nous avons travaillé suffisamment longtemps là dessus pour savoir combien d’efforts supplémentaires seront demandés à [l’Université de Californie] pour justifier fiscalement la coupure des liens » avec Wells Fargo, a-t-il dit.

« Institutions oppressives »

Amanda Aguilar Shank, organisatrice chevronnée de la campagne d’Enlace, a dit à l’Electronic Intifada que l’association était « ravie que la ville de Berkeley ait choisi de faire partie du mouvement national croissant pour se désinvestir des institutions oppressives qui provoquent la souffrance et la criminalisation de communautés à travers le monde ».

La pression d’ABC sur l’université de Californie pour qu’elle se désinvestisse des entreprises pénitentiaires privées « a participé à la construction de l’élan national en vue du désinvestissement des prisons », a dit Aguilar Shank.

L’année dernière, Columbia est devenue la première université à se désinvestir des prisons privées.

« Comme des villes et des universités commencent aussi à se désinvestir de ceux qui profitent des prisons comme Wells Fargo, nous allons commencer à voir l’impact réel sur l’industrie pénitentiaire dont notre but est de finalement l’abolir », a ajouté Aguilar Shank.

Elle a dit que le désinvestissement des prisons encourage les responsables communaux à voir comment la réorientation des ressources locales peut profiter aux communautés au lieu de leur faire du mal.

Vicente a fait remarquer que, parallèlement à la résolution de désinvestissement des prisons, la ville avait également approuvé une résolution de soutien à l’Acte Dignité Pas Détention, projet de loi californien qui empêche les villes et les contés de faire fonctionner des centres de rétention pour immigrants tout en autorisant les détenus à déposer des plaintes au civil si leurs droits fondamentaux sont violés.

« Deux bêtes sauvages semblables »

Malgré sa réputation progressiste, la ville de Berkeley n’a pas été volontaire pour soutenir les mesures directement connectées à la campagne mondiale pour les droits des Palestiniens.

L’an dernier, une responsable de la ville a été licenciée pour avoir proposé une résolution pour se désinvestir d’Israël.

Si elle avait été adoptée, la résolution aurait appelé la ville à se désinvestir de toutes ses parts dans les sociétés « qui participent aux violations constantes des droits de l’Homme et de la législation internationale dans les territoires palestiniens occupés ».

La responsable, Cheryl Davila, a été réintégrée à son poste en mars.

Pourtant, le geste de la ville de se désinvestir de G4S pour son rôle dans les prisons américaines est une victoire indirecte mais visible pour la campagne BDS mondiale – tout autant que le renforcement du lien entre les Noirs américains et les Palestiniens.

« L’une des plus grosses sociétés qui soient un fléau à la fois pour les Noirs et les Palestiniens, c’est G4S », a fait remarquer Williams.

« Nous voyons clairement la relation étroite qui existe entre l’occupation de la Palestine par Israël et le génocide incessant des Noirs à travers le monde. Le mythe de la suprématie blanche et de l’impérialisme américain relie les Noirs et les Palestiniens en tant que cibles de la violence coloniale anti-noirs et anti-indigènes, violence contre laquelle nous devons travailler ensemble pour y résister à tout prix », a-t-il dit.

Aguilar a remarqué que la résolution de Berkeley sortait au moment même où le Mouvement pour la Vie des Noir-e-s éditait une plate-forme politique qui demande « des investissements dans l’éducation, la santé et la sécurité des Noir-e-s, au lieu d’investissements dans la criminalisation, l’enfermement et la souffrance des Noir-e-s ».

La plate-forme exige également le désinvestissement des entreprises américaines qui tirent profit des violations des droits fondamentaux des Palestiniens par Israël.

Williams a fait remarquer : « L’incarcération et l’occupation sont deux bêtes sauvages similaires et, quand la ville de Berkeley s’engage à se désinvestir des sociétés directement liées à la fois à la lutte des Palestiniens et au complexe industriel pénitentiaire, c’est clairement un pas dans la bonne direction. »