Bennett utilise son droit de veto pour bloquer le financement des artistes israéliens par l’Europe.

| Noa Shpigel, Jonathan Lis pour Haaretz | Traduction JCP pour l’AURDIP |

Israël avait adhéré au projet phare de l’Union européenne ’Europe créative’, mais une clause excluant les colonies de Cisjordanie, Jérusalem-Est et le plateau du Golan a conduit le Premier ministre par alternance à retirer le pays du dispositif.


Jeudi, le Premier ministre par alternance Naftali Bennett a opposé son veto à la décision antérieure d’Israël de participer au programme de financement ’Europe créative’ de l’UE. Ce programme, conçu pour apporter des financement à hauteur de centaines de millions de dollars à des initiatives culturelles et médiatiques choisies parmi les États signataires, comprend une clause qui interdit l’attribution de fonds aux artistes des colonies de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et du plateau du Golan.

Dans d’autres circonstances, M. Bennett avait obtenu que les colonies israéliennes ne soient pas concernées par une interdiction similaire dans la plateforme ’Horizon’ de l’UE, qui attribue des sommes importantes aux scientifiques travaillant dans la recherche et l’innovation.

M. Bennett a déclaré qu’il avait pris cette décision parce qu’à son avis, un gouvernement par alternance ne devrait pas prendre de mesures radicales et controversées, surtout quand elles ne sont pas urgentes. La ministre de l’intérieur Ayelet Shaked affirme qu’elle a elle-même insisté pour que M. Bennett prenne la décision de retirer Israël du programme de financement.

« Les Européens donneurs de leçons doivent comprendre qu’il n’y a pas de distinction entre Tel Aviv, Ariel ou Othniel. Tous les citoyens israéliens sont égaux, et je ne permettrai pas qu’une quelconque discrimination européenne s’introduise en Israël », a déclaré la présidente du parti ’Habayit Hayehudi’.

En juin dernier, le gouvernement avait provisoirement approuvé la subvention de 34 millions de shekels (environ 9,5 millions de dollars) pour ce programme, qui comprenait le financement de films, de sous-titrages de films, de traductions d’oeuvres littéraires et de création d’institutions culturelles. De plus, Mme Shaked avait autorisé le ministre de la culture, M. Chili Trooper, à mettre en place un système de financement compensatoire pour indemniser les structures exclues de ’l’Europe créative’ en raison de leur situation géographique.

Israël espérait finaliser l’accord avec l’UE d’ici novembre, ce qui aurait permis aux institutions culturelles et médiatiques locales de soumettre leurs dossiers de financement sur un pied d’égalité avec leurs homologues européens, d’établir des liens avec des artistes et des structures étrangères, d’ajouter de nouvelles sources de financement à leurs projets et de renforcer les relations d’Israël avec les États membres de l’Union européenne.

Au cours des sept dernières années, le programme de financement de l’UE a alloué plus de 1,64 milliard d’euros, soutenant plus de 250 artistes et initiatives, dont des centaines de films et des milliers de traductions littéraires dans de nombreuses langues. Il s’agit du programme de financement phare de l’UE visant à renforcer la coopération culturelle entre les États membres.

Le gouvernement Netanyahu de 2017 avait retiré Israël du programme en raison d’une clause d’exclusion identique. [1]

M. Trooper a déclaré : « Il s’agit d’un programme de financement crucial pour la culture israélienne, qui a été soutenu à l’unanimité par tous les ministres du gouvernement, y compris ceux qui font maintenant volte-face pour des raisons électorales. Il est important de noter que la clause territoriale est identique à celle que le gouvernement Netanyahu avait dans un premier temps approuvée, avec le soutien de M. Bennett et de la ministre Mme Shaked. En conséquence, le gouvernement avait décidé de créer un système de compensation financière pour les artistes et les organisations culturelles au-delà de la ligne verte, afin que tous les artistes israéliens puissent bénéficier de ce soutien. Nous espérons que l’accord sera finalement approuvé ».

[1Note du traducteur : En 2017, Miri Regev, alors ministre de la Culture, avait retiré à la dernière minute la demande d’Israël d’adhérer au programme ’Europe créative’ en raison de l’exclusion des colonies, après trois ans de négociations. En juillet 2021, le ministre de la Culture Chili Tropper a rencontré son homologue française Roselyne Bachelot à Cannes pour relancer les discussions sur l’adhésion d’Israël au programme. Le 22 septembre 2022, le Premier ministre par alternance Naftali Bennett oppose son veto...