Audience attendue la semaine prochaine pour un recours contre l’interdiction d’une conférence sur Israël par une université britannique

| Ali Abunimah pour The Electronic Intifada | Traduction BP pour l’AURDIP |

The Electronic Intifada a obtenu des précisions sur le recours juridique déposé à Londres jeudi contre la décision de l’université de Southampton d’interdire une conférence liée à Israël.

L’un des organisateurs de la conférence, un professeur qui a grandi comme réfugié à Gaza – a dit que c’était « avec le cœur très lourd » que le recours juridique avait été engagé, mais qu’il était essentiel pour défendre la liberté d’expression.

Mercredi, l’université de Southampton a confirmé qu’elle avait annulé la conférence, « Le droit international et l’État d’Israël : légitimité, responsabilité et exceptionalisme », prévue du 17 au 19 avril.

Les administrateurs ont prétendu que la décision s’imposait en raison du risque élevé de protestations contre l’initiative « qui pourraient entraîner des troubles à l’ordre public ».

Le recours devant la Haute Cour

À l’audience de la Haute Cour de Londres, qui doit se tenir la semaine prochaine, les avocats vont contester les allégations de l’université.

Mark McDonald, avocat pour l’intérêt public, du cabinet de l’éminent Michael Mansfield, a dit à The Electronic Intifada qu’en retirant l’autorisation de la conférence, l’université avait agi de façon abusive. Elle a évoqué un risque de trouble comme prétexte pour « capituler devant les activistes et partisans de l’État d’Israël ».

« Cela constitue une censure flagrante au prétexte que le campus allait être envahi par des hordes violentes, il est patent que cela est dénué de tout fondement » ajoute McDonald.

Les avocats vont arguer que l’université n’a présenté aucune preuve justifiant ses allégations, que sa prise de décision a été incohérente et que le simple fait de manifester n’équivaut absolument pas à un risque pour la sécurité.

McDonald, qui travaille sur le dossier avec sa consœur Shivani Jegarajah, a bien insisté sur le fait que la loi garantit le droit de manifester et de contre-manifester.

L’ambassade israélienne à Londres et les groupes de pression pro-Israël qui ont mené campagne pendant des mois pour l’annulation de la conférence se sont réjouis de la décision de l’université.

La liberté d’expression en jeu

Dans une lettre ouverte à ses collègues et étudiants, le co-organisateur de la conférence, Suleiman Sharkh, a prévenu que si l’annulation de la conférence par l’université restait non contestée juridiquement, « elle aura un impact direct sur vous et sur votre liberté d’expression ».

Sharkh, professeur d’ingénierie à l’université, a communiqué la lettre à The Electronic Intifada. (voir ci-dessous)

Il y explique son implication et son intérêt pour la conférence sur le droit, mais il révèle aussi certains antécédents personnels poignants. Shark est né dans la ville côtière palestinienne de Majdal Asqalan, devenue aujourd’hui Ashkelon dans l’Israël actuel.

Les Palestiniens de la ville ont été expulsés par la force vers Gaza après le cessez-le-feu qui mit fin à la guerre de 1948.

« En novembre 1948, six mois après l’implantation de l’État d’Israël et après la fin des guerres, la ville a été bombardée et beaucoup de personnes ont été tuées. Celles qui ont survécu ont été rassemblées en troupeau et dirigées vers Gaza, rampant sur les mains et les genoux sur des terrains épineux », écrit Sharkh.

L’expulsion des habitants de la ville vers Gaza s’est poursuivie jusqu’en 1950.

« Depuis lors, nous avons vécu dans des camps de réfugiés sordides. J’ai traîné les pieds nus dans le sable souillé par les eaux usées s’écoulant sur le sol. Je n’ai eu mes premières chaussures que quand je suis allé à l’école, à l’âge de 6 ans », ajoute-t-il.

« Le droit international a été responsable de notre misère », explique Sharkh. « Il a été utilisé pour légaliser le vol de nos maisons et il continue de l’être pour légaliser l’oppression qui se poursuit contre mon peuple par l’État d’Israël. Les questions posées par la conférence sont par conséquent des questions que je me suis posées toute ma vie. Ce sont des questions importantes qui doivent trouver une réponse ».

« Mais de répondre à ces questions risque de mettre à jour le vrai visage de l’État d’Israël, et risque de rappeler au monde la vérité gênante sur les crimes qui ont été commis, et qui continuent de l’être, contre le peuple palestinien, » déclare Shark. « C’est ainsi que le lobby pro-Israël a exercé une énorme pression sur l’université, avec pour conséquence, le retrait de l’autorisation pour la tenue de la conférence ».

Sharkh écarte les allégations des médias et du lobby pro-Israël selon lesquelles « la conférence allait être antisémite ». Il dit qu’il espérait que la réunion serait un petit pas « pour parvenir à la justice, à la liberté, et à l’égalité pour mon peuple afin de vivre côte à côte avec les juifs et tous les peuples dans la Palestine historique ».

Sharkh, lui-même diplômé de Southampton, a dit que d’avoir étudié et travaillé à l’université, « c’est la meilleure chose qui m’est arrivée ».

C’est donc avec « le cœur très lourd » que lui et les autres organisateurs de la conférence ont dû se résoudre à traduire l’université devant la Cour.

Sharkh a invité les étudiants et les professeurs à se joindre aux près de huit mille personnes qui ont signé la pétition en ligne demandant à l’université de Southampton de défendre la liberté d’expression.

Asa Winstanley a contribué à la rédaction de cet article depuis Londres.

Texte intégral de la lettre de Suleiman Sharkh

Chers amis, collègues et étudiants,

Comme certains d’entre vous le savent, je suis l’un des organisateurs de la conférence : « Le droit international et l’État d’Israël : légitimité, responsabilité et exceptionalisme ». La conférence a été acceptée par l’université en juillet 2014 et nous avons suivi toutes les procédures et collaboré pleinement avec l’administration de l’université depuis le début. Nous avons fait preuve de transparence tant sur la nature que les objectifs de la conférence.

Certains d’entre vous peuvent se demander pourquoi, moi, un professeur d’ingénierie, je me suis impliqué dans l’organisation d’une conférence sur le droit. La réponse, évidente, est que la compréhension du droit est essentielle pour l’ingénierie et qu’elle fait bel et bien partie de notre programme – c’est une exigence de l’accréditation par le Conseil d’ingénierie. Ma propre recherche sur les réseaux et compteurs intelligents implique de comprendre les questions de droit qui se posent dans le cadre du développement de la technologie, surtout en ce qui concerne la confidentialité des données collectées par les compteurs intelligents et ses implications sur les droits humains.

En outre, et comme beaucoup d’entre vous le savent, je suis palestinien. J’ai grandi à Gaza, mais ma famille est originaire d’une ville qui s’appelait Majdal Asqalan (aujourd’hui renommée Ashkelon par Israël). En novembre 1948, six mois après l’implantation de l’État d’Israël et après la fin des guerres, la ville a été bombardée et beaucoup de personnes ont été tuées. Celles qui ont survécu ont été rassemblées en troupeau et dirigées vers Gaza, rampant sur les mains et les genoux sur des terrains épineux. Depuis lors, nous avons vécu dans des camps de réfugiés sordides. J’ai traîné les pieds nus dans le sable souillé par les eaux usées s’écoulant sur le sol. Je n’ai eu mes premières chaussures que quand je suis allé à l’école, à l’âge de 6 ans.

Le droit international a été responsable de notre misère. Il a été utilisé pour légaliser le vol de nos maisons et il continue de l’être pour légaliser l’oppression qui se poursuit contre mon peuple par l’État d’Israël. Les questions posées par la conférence sont par conséquent des questions que je me suis posées toute ma vie. Ce sont des questions importantes qui doivent trouver une réponse.

Mais de répondre à ces questions risque de mettre à jour le vrai visage de l’État d’Israël, et risque de rappeler au monde la vérité gênante sur les crimes qui ont été commis, et qui continuent de l’être, contre le peuple palestinien. C’est ainsi que le lobby pro-Israël a exercé une énorme pression sur l’université, avec pour conséquence, le retrait de l’autorisation de tenir la conférence.

La déclaration ci-jointe explique quel est notre point de vue, et pourquoi la décision de la haute direction de l’université est une erreur en droit. Cette décision aura un impact direct sur vous, et sur votre liberté d’expression.

Je suis un diplômé de Southampton. C’est mon université. D’avoir étudié et travaillé à Southampton, c’est la meilleur chose qui m’est arrivée. Cela m’a ouvert l’esprit, cela m’a montré qu’il existe des alternatives à la violence et à la haine, à savoir le débat respectueux et l’amour. Je me préoccupe grandement de l’université et de sa réputation, et donc de ce qui nous a décidés, avec un cœur très lourd, à engager une action juridique pour faire infirmer la décision d’annulation de la conférence.

La grande presse peut vous donner l’impression qu’elle allait être une conférence antisémite. C’est absolument faux. Mon collègue organisateur, le professeur Oren Ben-Dor, est juif. Nous avons beaucoup de sympathisants juifs. Et je suis heureux que beaucoup de juifs aient immigré en Palestine pour trouver un havre de paix, et je souhaite la bienvenue à plus de juifs pour vivre en Palestine. Mon principal objectif est de parvenir à la justice, à la liberté, et à l’égalité pour mon peuple afin de vivre côte à côte avec les juifs et tous les peuples dans la Palestine historique. Je veux qu’elle soit un havre de paix pour les juifs, un havre de paix pour tous les peuples qui y vivent. J’espère que la conférence nous fera faire un petit pas dans cette direction.

Enfin, je tiens à vous assurer qu’il n’y aura aucune manifestation spontanée ni aucune violence de la part des sympathisants de la conférence comme l’a laissé entendre mon collègue, le chef d’exploitation, Steve White. Nous allons conduire nos manifestations d’une façon très digne, dans le respect de la loi, en pleine collaboration avec la police et l’université. Je n’accepterai jamais que le moindre mal soit fait à l’université et aux excellentes personnes qui y travaillent et y étudient, qui la gardent comme le lieu formidable d’érudition et d’enseignement qu’elle est.

Merci d’exprimer votre soutien à la liberté d’expression en signant la pétition en ligne.

Cordialement vôtre,

Suleiman