Après avoir bloqué une route de Cisjordanie, des colons ouvrent le feu et blessent des Palestiniens

| Basil al-Adraa pour +972 | Traduction J.Ch. pour l’AURDIP |

Un adolescent fait partie de ceux qui ont été blessés après que des colons et des soldats israéliens aient tiré à balles réelles sur des Palestiniens qui essayaient de retirer les obstacles près du village de Surif.


Muhammad Ghunaimat, 17 ans, est sur son lit d’hôpital à Hébron, blessé par balles au ventre et au dos. Les balles ont été tirées soit par des soldats soit par des colons israéliens – Ghunaimat n’en est pas sûr parce que les deux groupes ont ouvert samedi dernier un déluge de tirs à balles réelles sur lui et ses amis.

Plus tôt ce jour là, un groupe de colons israéliens armés sont descendus sur une route palestinienne près de Surif, dans la région d’Hébron en Cisjordanie occupée où vivent Ghunaimat et sa famille, et ont bloqué le passage avec de gros blocs de pierre. La route se déroule entre Surif et Safa, permettant aux résidents de chaque village d’accéder à leurs terres agricoles et entre eux.

Entendant parler des actions des colons, Ghunaimat et deux de ses amis sont partis essayer de retirer la barricade, quand les colons ont soudain commencé à leur jeter des pierres. Plusieurs autres Palestiniens de Surif sont arrivés et ont commencé à jeter en retour des pierres sur les colons. Alors, les tirs ont commencé.

Des photos de la scène prises par des résidents palestiniens montrent des colons portant des fusils se tenant côte à côte dans la zone avec un petit groupe de soldats. D’après l’hôpital Al-Ahly d’Hébron, Ghunaimat et ses amis souffrent tous de blessures causées par des balles réelles, mais sont dans un état stable.

Badawi Ghunaimat, père de Muhammad, était présent samedi sur les lieux. « Quand [les colons] ont commencé à jeter des pierres, les Palestiniens ont eux aussi commencé à jeter des pierres pour se défendre », a-t-il raconté. « Et [les colons] ont immédiatement tiré en rafales sur nous. L’un d’eux a tiré un tas de balles vers nous. Les trois soldats qui étaient avec eux ont eux aussi ouvert le feu, ainsi que d’autres colons. Au fur et à mesure que nous reculions, eux continuaient à avancer vers nous. »

« J’ai vu mon fils s’effondrer par terre, la chemise trempée de sang », a poursuivi Badawi, la gorge serrée. « Je l’ai emporté dans la voiture et nous avons essayé de partir, et ils ont tiré sur notre voiture. Quand nous sommes arrivés à la salle d’urgence, j’ai pu voir qu’il avait été blessé. »

« Ils tiraient comme des sauvages à balles réelles »

Les résidents palestiniens racontent que les colons israéliens extrémistes de Bat Ayin, colonie qui se trouve à l’ouest de Surif, essaient depuis six mois de s’emparer de leurs terres. Six mois plus tôt, des groupes de colons ont installé leurs tentes à l’ouest de la route, au sommet d’une colline à environ un kilomètre de la colonie, hors de ses frontières municipales.

Depuis lors, les résidents palestiniens disent qu’ils n’ont pas pu accéder à leurs terres agricoles et qu’ils ont subi des attaques des colons, du vandalisme et autres formes de harcèlement.

Un cousin de Muhammad, Ahmad, conduisait aussi sur la route samedi après avoir pris ses enfants chez sa mère à Safa, quand il a vu que la route était bloquée plus loin avec des pierres. Ahmad a appelé son père pour qu’il vienne l’aider, et son père est arrivé avec plusieurs autres résidents.

« A un moment, j’ai vu un groupe de colons qui approchaient et ont commencé à nous jeter des pierres », a raconté Ahmad. « D’autres jeunes [Palestiniens] sont arrivés du village et ont commencé à jeter des pierres en retour sur les colons. »

Plusieurs témoins ont confirmé qu’un colon a alors ouvert le feu, et trois soldats arrivés sur place ont également tiré sur les Palestiniens, y compris avec des gaz lacrymogènes. Les balles ont frappé la voiture d’Ahmad qui transportait toujours ses deux enfants âgés de cinq et trois ans. « J’avais tellement peur, parce qu’ils tiraient comme des fous à balles réelles », a-t-il dit. « J’ai eu la chance que les petits ne soient pas touchés. Mon père est arrivé à bouger quelques pierres et je suis parti de là avec les gamins. » Les balles ont perforé la voiture en bas d’une des portes de droite.

Crime impuni en Cisjordanie

L’affrontement sur la route s’est poursuivi pendant deux heures, ont dit les résidents. Ghadir Ghunaimat, tante de Muhammad, dont la maison est la plus proche de l’avant-poste des colons, s’est souvenue que ce ne fut que vers la fin qu’un grand groupe de soldats et de policiers est arrivé sur place, et les colons sont retournés à leur tente à côté.

« J’ai gardé mes enfants dans une pièce pendant l’attaque », a dit Ghadir. « Les colons et les soldats ont continué de repousser les Palestiniens jusqu’à ce qu’ils atteignent ma maison qui se remplissait de gaz lacrymogène tiré par l’armée. »

Ghadir est catégorique à propos du lien entre la violence de samedi et la prise de la terre palestinienne dans la zone. « Cela dure depuis six mois, depuis que [les colons] ont planté leur tente sur la colline et ont commencé à installer un avant-poste », a-t-elle expliqué. « Des groupes de jeunes sont descendus. Ils ont arraché des arbres, détruit des structures agricoles et tenté d’attaquer quiconque passait par là. C’est spécialement dur le samedi parce qu’ils se rassemblent et que les attaques sont organisées. »

Depuis, 2020, l’association de défense des droits de l’homme B’Tselem a documenté 618 incidents de violence de colons israéliens, qui comprend aussi bien des agressions physiques que des dommages sur les biens ; les dossiers de l’association montrent que le nombre de ces attaques en mars 2022 était plus élevé que n’importe quel mois en 2021. D’après les chiffres de la police obtenus plus tôt cette année par Haaretz, plus de 95 % des affaires en relation avec la violence des Israéliens contre les Palestiniens sont closes sans qu’aucune action ne soit entreprise, le plus couramment sur la base de « responsable inconnu ».

A propos de cet incident, le porte-parole des FDI a déclaré qu l’armée « a reçu un rapport sur un accrochage violent entre des résidents [israéliens] et des palestiniens près de Givat Ahuvia, dans la zone de la Division Etzion. Une unité de l’armée a été envoyée sur zone et a utilisé des méthodes de dispersion de manifestation pour disséminer la foule. Il n’y a pas eu de blessures. »

Après avoir appris que trois personnes avaient été blessées par des armes à feu au cours de l’événement et nécessitaient des soins à l’hôpital, l’armée a répondu que l’incident serait soumis à une enquête de la police. La police n’a pas répondu à une demande d’explications au moment ou nous publions.

Cet article a d’abord été publié en hébreu sur Local Call. Lisez le ici.

Basil al-Adraa est un militant, journaliste et photographe du village d’a-Tuwani dans les Collines du Sud d’Hébron.