À une majorité écrasante, les étudiants de UCLA votent pour se désinvestir de l’occupation israélienne

| Adam Horowitz pour Mondoweiss | Traduction BP pour l’AURDIP |

La nuit dernière, le conseil des étudiants de premier et deuxième cycle (USAC) de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) a voté par 8 voix pour, 2 contre et 2 abstentions, l’adoption d’une résolution demandant à l’université de se désinvestir des entreprises qui profitent des violations d’Israël des droits de l’homme et de son occupation de la Cisjordanie, incluse Jérusalem-Est, et de la bande de Gaza. Selon le groupe Étudiants pour la Justice en Palestine (Students for Justice in Palestine - SJP) de UCLA, avec ce vote, c’est le sixième établissement universitaire des campus de Californie qui soutient le désinvestissement de l’occupation israélienne.

La résolution de désinvestissement est disponible dans son intégralité ici, elle demande à l’école de se désinvestir de Boeing, Caterpillar, Cement Roadstone Holdings, Cemex, General Dynamics, General Electric, Hewlett-Packard, Lockheed Martin, Northrop Grumman, Raytheon, et United Technologies. La résolution se termine avec cet appel à la justice :

« Qu’il soit finalement résolu, que nous, étudiants, demandons à notre université de se dissocier des entreprises qui prennent part ou aident à une oppression tendancieuse systématique, ce système ciblant les personnes sur la base de leur religion, nationalité, sexe, race ou orientation, en se désinvestissant des entreprises qui participent ou tirent profit des violations des droits de l’homme. »

Le Daily Bruin rapporte sur le débat qui a accompagné le vote :

« Une fois la résolution mise aux voix, le président de l’USAC, Avinoam Baral, a manifesté sa frustration de n’avoir pu exprimer son opinion contre la résolution, surtout qu’il est le seul étudiant d’origine israélienne au conseil. Les présidents de l’USAC normalement n’ayant pas à voter, sauf en cas d’égalité de voix, et ils ne participent pas aux discussions.

« "Je suis désolé, je ne pouvais pas vous représenter, comment vouliez-vous que je vous représente" a dit Baral aux juifs et aux communautés pro-Israël, en se référant à la résolution.

« Avant le vote, quelques intervenants du public ont évoqué leurs liens personnels avec les questions abordées dans la résolution.

« Noor Habib El-Farra, étudiante de troisième année en géographie et en études environnementales, a déclaré durant l’audition publique que neuf des membres de sa famille ont été tués dans le récent conflit dans la bande de Gaza cet été. Elle a ajouté que son oncle qui avait un cancer était décédé en attendant à un check-point en quittant la bande de Gaza, parce qu’il lui était difficile d’y recevoir les soins appropriés.

« "(La résolution) c’est juste pour voir ma famille et ne pas s’inquiéter pour elle" a-t-elle dit.

« Plusieurs groupes étudiants ont signé la résolution en tant que co-auteurs ou approuvé son contenu, notamment le Syndicat des étudiants africains, l’Association des étudiants arméniens, le MEChA de UCLA, Samahang Pilipino, la Coalition des étudiants contre l’exploitation du travail, l’Alliance Queer et les Féministes de Bruin pour l’égalité, entre autres. Beaucoup de groupes ont dit que leur propre communauté avait vécu une discrimination et pensaient que de telles expériences étaient du même ordre que ce que vivent les Palestiniens.

« Des représentants de l’Hillel à UCLA, de Bruins for Israël et de J Street U, ont expliqué leur opposition à la résolution lors d’une présentation spéciale de 15 minutes.

« Eytan Davidovits, président de Bruins for Israël, et étudiant de quatrième année en sciences économiques, a estimé que cette résolution se concentrait sur des questions mondiales polarisantes et que l’USAC devrait plutôt examiner les problèmes que les étudiants rencontrent sur le campus.

« Lors d’une table ronde sur la presse qui s’est tenue avant la réunion de l’USAC, Tammy Rubin, étudiante de quatrième année en biologie et société, et ancienne présidente de l’Hillel à UCLA, a affirmé penser que la résolution de désinvestissement n’exprimait pas exactement les opinions de tout le corps étudiant que représente le conseil. »

Comme Alex Kane l’a rapporté à Mondoweiss, l’Hillel à UCLA s’est associée avec l’entreprise de relations publiques 30 Points Strategies (DC) pour combattre le BDS à l’université et se préparer pour ce vote. Comme on peut le lire dans un passage du Daily Bruin ci-dessus, Tammy Rubin a suivi le conseil des consultants en relations publiques qui recommandaient à l’Hillel d’ « "isoler" le groupe Étudiants pour la Justice en Palestine (SJP) comme "un groupe non représentatif (sic) des étudiants diplômés isolés, intégré dans un agenda de niveau national qui n’a rien à voir avec la vie étudiante à UCLA." » La stratégie a été adoptée par plusieurs groupes pro-israéliens sur le campus, comme le rapporte Le Journal juif :

« Poussés par une nouvelle stratégie adoptée par certains groupes d’étudiants juifs de UCLA, dont l’Hillel à UCLA, Bruins for Israel, et J-Street U, les partisans d’Israël ont effectivement boycotté l’audition pour tenter de discréditer et de délégitimer le mouvement pro-BDS allant s’amplifiant. Seuls, dix représentants d’étudiants et membres de ces trois organisations ont assisté ensemble à l’audition. Alors qu’aucun d’entre eux n’avait participé à la séance de consultation publique qui a donné, toutes les deux minutes, la parole à des dizaines d’opposants au désinvestissement, quatre d’entre eux ont exprimé leur désaccord sur le désinvestissement, au conseil d’étudiants, dans une intervention lue de 15 minutes.

« "Nous n’allons pas obligé notre communauté à assister à une séance si longue de discours d’intimidation et de haine," a déclaré Tammy Rubin dans une interview avant le début de l’audition. Rubin est la présidente émérite de l’Hillel à UCLA. Elle a dit que contrairement à l’an dernier, Hillel à UCLA, Bruins for Israël et J-Street U emploieraient le temps qu’ils n’auront pas passé à s’opposer à des résolutions de désinvestissement symboliques à "réinvestir dans notre communauté".

« "Nous ne le combattons pas (le désinvestissement)" a dit Rubin. "Nous le combattons juste stratégiquement d’une manière différente" ».

La résolution a encore reçu un fort soutien venant d’autres groupes étudiants sur le campus, notamment des Étudiants pour la Justice en Palestine, de l’Association des étudiants indiens d’Amérique, de l’Association des étudiants bengalais, des Féministes de Bruin pour l’égalité, d’IDEAS (Improving Dreams, Equality, Acces, and Success), du Projet dirigé de la jeunesse incarcérée, de la Voix juive pour la Paix, de l’Association des étudiants musulmans, de l’Alliance Queer, de Samahang Pilipino, de la Coalition étudiante contre l’exploitation du travail, du Projet bénévole de l’UMMA et de la Société arabe unifiée.

Reflétant la diversité de la coalition qui était venue promouvoir la résolution, le SJP de UCLA estime le vote comme une « victoire d’étape importante pour la justice sociale » et « fondation à partir de laquelle les étudiants de multiples horizons pourront continuer à éduquer et à organiser pour soutenir non seulement les droits des Palestiniens mais toutes les causes de justice sociale.

Voici un communiqué de presse du SJP UCLA diffusé après le vote :

« Les organisateurs du désinvestissement à UCLA, représentant une large coalition d’étudiants de tous les horizons et de tous les secteurs du campus, ont fêté une victoire d’étape importante pour la justice sociale en votant "une résolution pour se désinvestir des sociétés engagées dans la violence contre les Palestiniens". La résolution, parrainée par Negeen Sadeghi-Movahed, Conrad Contreras et Manjot Singh, a été votée avec une marge de 8-2-2. (8 pour, 2 contre, 2 abstentions). Elle était parrainée par 15 organisations étudiantes et approuvée par 17 autres, constituant un total de 32 groupes d’étudiants à soutenir le désinvestissement. Avec le vote de UCLA, c’est la 6ème université de Californie, sur 9, à obtenir un vote majoritaire en faveur du soutien du désinvestissement des sociétés qui violent les droits humains palestiniens.

« Les membres du conseil qui ont voté en faveur de la résolution relèvent de diverses affiliations politiques, notamment des indépendants, des progressistes, et un membre du Parti modéré du campus. Avant le vote, les membres du conseil ont exprimé leur admiration et leur respect pour la formation de la coalition, pour l’éducation et la sensibilisation par le SJP-UCLA durant notre campagne. Tout aussi remarquable a été la tonalité positive de l’audition et de la discussion, au cours desquelles la plupart des membres du conseil ont affirmé leur soutien mutuel, indépendamment de leurs votes.

« La résolution n’aurait pas connu ce succès sans le soutien des étudiants de nombreuses communautés venus intervenir en sa faveur, et qui sont restés à l’audition jusqu’à ce que la résolution soit votée. Alaa Abuadas, directeur de programmation pour le SJP-UCLA a déclaré, "en tant que Palestinien, je tiens à remercier toutes celles et ceux qui nous ont aidés à voter ce projet, nous permettant de faire un pas de plus vers une Palestine libre." »

« La victoire de la résolution ne marque pas la fin de l’activité du SJP. Le SJP considère le vote pour le désinvestissement comme l’occasion d’aider les autres communautés à utiliser cet outil comme un moyen de toucher plus d’organisations politiques. À ce propos, l’organisation considère ce vote comme jetant les bases d’une fondation de principe à partir de laquelle les étudiants de multiples horizons pourront continuer à éduquer et à organiser pour soutenir non seulement les droits des Palestiniens mais toutes les causes de justice sociale. »