L’université du Havre complice de l’ apartheid israélien !

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Amphi 5 - hiver 2011 (Université du Havre) | 17/02/2011 |

La campagne pour le Boycott, le Désinvestissement et des Sanctions (BDS) à l’ égard de l’État d’ Israël a été initié en 2005 par une coalition de 172 organisations, regroupant toutes les forces politiques, sociales et associatives palestiniennes.
Tout comme elles avaient soutenu le boycott de l’Afrique du Sud au moment
de l’apartheid, les forces de progrès, à travers le monde, appellent à condamner l’État d’ Israël qui mène lui aussi une politique relevant de l’apartheid : impossibilité
des mariages « mixtes », routes séparées pour les palestiniens et les israéliens,
mur de séparation, refus de permis de construire aux palestiniens, inégalité dans l’accès au service public, etc.

Le collectif BDS appelle les citoyens à exercer leur vigilance sur les produits
Made in Israël. Aussitôt, un collectif intitulé Boycott from within (Boycott de
l’intérieur) s’est créé en Israël, afin de permettre aux anticolonialistes israéliens
d’expliquer à leurs concitoyens les revendications et la stratégie
palestinienne, tout en donnant une caution à cette campagne internationale. Le
boycott vise à commencer par les fruits et légumes qui ont souvent été produits en
confisquant la terre et l’ eau palestiniennes, en rasant maisons et oliviers centenaires et dont on ne sait pas s’ ils ne proviennent pas des colonies illégales implantées en Cisjordanie. Mais ce collectif cible aussi les entreprises et institutions complices de la colonisation.

Parmi les institutions coupables de collaboration, se trouve malheureusement notre université. En effet, l’université du Havre est partenaire de l’université israélienne d’Haïfa. Ce partenariat est inacceptable.

Discriminations de l’université d’Haïfa

L’Université d’Haïfa refuse de programmer des cours en arabe, et il est tout
simplement impossible aux étudiants palestiniens de Cisjordanie et de Gaza de
s’inscrire dans une Université israélienne, ou d’ étudier dans un autre pays dans la
mesure où Israël ferme les « frontières ». De plus, parmi les critères d’attribution des
bourses et logements universitaires, figure l’exigence d’avoir servi dans l’armée
d’occupation israélienne. Les étudiants « arabes » en étant exemptés, ceci caractérise une discrimination de fait.

Ensuite, l’association Baladna fédérant les jeunes « arabes israéliens », relève
dans son rapport intitulé Enquête sur l’université de Haïfa et son traitement des
étudiants Palestiniens : Une chronique de discrimination et de racisme nombre de cas flagrants de répression des étudiants s’opposant au gouvernement
israélien. Par exemple, qu’ « en mars 2008, Mhammad Jamal, un étudiant
[…] de l’université de Haïfa, […] a été appelé à comparaître dans un procès
disciplinaire à l’université suite à des activités de protestation auxquelles il prit
part lorsque le membre de la Knesset Avigdor Liberman [parti d’ extrême droite israëlien] visita le campus. »

« Dans un autre cas, 10 étudiants, dont sept membres du conseil étudiant arabe,
ont été mis en procès disciplinaire pour des protestations faites en 2008 contre le
conseiller légal du gouvernement qui avait recommandé de ne pas poursuivre les officiers de police pour la mort des 13 citoyens palestiniens d’Israël lors des événements d’octobre 2000. »

« Un des étudiants, Ali Haj (…) fut expulsé de l’université pour deux semaines.
Quand il revint à l’université, il fut informé qu’il n’était plus recruté pour sa position
de professeur de mathématiques. »

« Le 6 janvier 2009, des étudiants Palestiniens ont manifesté sur le campus de
l’université de Haïfa pour s’opposer à l’attaque militaire israélienne qui avait tué
1300 civils à Gaza. L’université de Haïfa informa les forces de police, leur
permettant d’entrer sur le campus avec des unités spéciales et d’utiliser une
force excessive.

Onze étudiants, dont deux femmes, furent arrêtés tandis qu’un étudiant dut être
conduit à l’hôpital. La manifestation étudiante juive soutenant l’armée israélienne à
Gaza eut lieu en même temps mais resta inaffectée par les forces de police et sans opposition de l’université d’administration universitaire. »

Parti pris religieux, censure et racisme

Enfin, nombre de cours proposés sur la « terre d’ Israël », ou sur « l’Histoire du
peuple juif », relèvent plus de la théologie et de la propagande que de la recherche
scientifique. Le grand historien israélien Ilan Pappe a d’ailleurs dû démissionner
de son poste de professeur à l’Université d’Haïfa après la sortie de son ouvrage intitulé Le nettoyage ethnique de la Palestine, révélant les crimes perpétrés par les milices sionistes au moment de la création d’ Israël. David Bukay, qui fut visé par une plainte pour appel à la haine raciale, est quant à lui toujours professeur.
Ce même rapport nous informe que « la Ligue anti-diffamation, une prestigieuse
organisation juive suivant depuis plus de 90 ans les actes d’antisémitisme et
de racisme, s’opposa publiquement au discours diffamatoire du professeur. Il
apparut que le professeur avait écrit dans nombre de ses articles, entre autres affirmations, que “Lorsqu’un Arabe dit Wallahi – je jure sur Dieu – il compte probablement mentir” et que “parmi les Arabes et les musulmans il n’y a pas de
condamnation, pas de sens du regret, pas de cas de conscience, nulle part, dans
aucune couche sociale ou niveau social” […] Suite à cet évènement l’université entama une procédure disciplinaire contre les étudiants ayant porté plainte. Le procureur de l’université demanda de punir Fadi Abu-Younnes pour avoir interrompu le cours et pour avoir qualifié le professeur David Bukay
de “raciste”. »

Il est évident que les administrateurs de l’université du Havre désapprouvent de
tels propos. Nous attendons seulement qu’ils aient le courage de prendre la décision qui s’ impose : rompre ce partenariat.

En juin dernier, le Conseil des Études et de la Vie Universitaire (CEVU) a
refusé de rompre le partenariat avec l’université d’Haïfa, rupture notamment
demandée par l’ élu de Sud-Étudiant et un professeur solidaire du peuple palestinien, au motif que « la situation n’a pas changé depuis que le
partenariat a été conclu », et que « cela serait trop politique ».

– Le massacre opéré à Gaza, qui a fait 1330 morts durant l’hiver 2009-2010 et
permis de raser écoles et universités (sans que leurs homologues
israéliennes ne s’ en indignent), ainsi que l’assassinat des dix humanitaires
de la Flotille de la Liberté relèvent-ils de l’anecdote ?

– La propagande distillée dans ces cours, les pratiques discriminantes, la collaboration avec les forces de répression, et l’apologie d’une armée responsable de crimes de guerre (sur le site de l’université d’Haifa, où elle se vante d’avoir été choisie pour accueillir « les officiers de Tzahal […] des jeunes gens triés sur le volet ») ne sont-elles pas « politiques » ?

La neutralité relève parfois de la complicité. Nous continuerons à interpeller
l’université du Havre jusqu’à ce qu’elle rompe les liens avec l’ institution religieuse
et militariste qu’ est l’université d’Haifa.

À l’ initiative de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), un collectif a été créé au Havre regroupant plusieurs partis politiques de gauche, syndicats (dont l‘Union syndicale Solidaires, à laquelle appartient Sud-Étudiant), des associations, et tous ceux qui veulent lutter pour une paix juste.

Pour contacter le collectif havrais de la campagne de Boycott, Désinvestissement
et Sanctions : bdslehavre76 at gmail.com

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