Davantage de gros investisseurs abandonnent ceux qui profitent des colonies israéliennes


Le plus gros fonds de pension de Norvège KLP a exclu 16 sociétés de ses placements à cause de leurs liens avec les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

Ce fonds de pension a abandonné celles qui profitent des colonies à cause d’un « risque inacceptable » qu’elles contribuent à des violations des droits de l’homme.

Ce désinvestissement est particulièrement significatif, pas seulement à cause de son ampleur, mais aussi parce que KLP a puisé dans la base de données de l’ONU des sociétés impliquées dans les colonies israéliennes.

KLP a dit qu’il avait vendu des parts pour plus de 31 millions $ dans les sociétés exclues.

Dans ces sociétés, on trouve les plus grosses banques d’Israël, les sociétés de télécommunication Beseq, Cellcom Israël et Partner Communications, et plusieurs entreprises de construction.

Notamment, Partner Communications a été la filiale israélienne de la multinationale française Orange.

Cependant, Orange a coupé ses liens avec Partner en 2016 à la suite d’une campagne de militants en Égypte et d’autres pays à cause de l’implication de Partner dans les colonies et de son soutien à l’agression israélienne de 2014 sur Gaza.

Auparavant, KLP avait exclu Elbit Systems et l’entreprise allemande de matériaux de constructions Heidelberg Cement.

Christy Hoffman, secrétaire général du Syndicat Mondial UNI, syndicat international qui représente 20 millions de travailleurs et a fait campagne sur la question, a applaudi à l’action de KLP.

« Les investisseurs ne devraient pas profiter de violations des droits de l’homme, comme la confiscation illégale et la colonisation de la terre palestinienne », a dit Hoffman.

Le Comité National palestinien de Boycott, Désinvestissement et Sanctions a exhorté d’autres investisseurs à suivre l’exemple de KLP.

« Un risque inacceptable »

KLP gère plus de 70 milliards $ d’actifs pour le secteur public.

Il s’engage à respecter des principes d’investissement éthiques et à respecter les droits de l’homme.

Les colonies de peuplement israéliennes sur une terre occupée sont illégales selon le droit international et constituent un crime de guerre.

C’est pourquoi KLP a conclu qu’il y avait « un risque inacceptable » que cela puisse contribuer à la violation par Israël des droits fondamentaux des Palestiniens s’il restait impliqué dans des sociétés qui avaient des liens avec les colonies.

Dans une déclaration expliquant son processus, KLP a souligné l’impact négatif des colonies sur les Palestiniens, dont « la perte de biens et de moyens de subsistance, un accès restreint aux services et des menaces sur leur intégrité physique ».

La complexité des systèmes israéliens de contrôles physiques et bureaucratiques limite encore plus la liberté de circulation des Palestiniens, ajoute le fonds de pension.

KLP a mis en parallèle ses investissements et la base de données de l’ONU qui liste 112 sociétés impliquées dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem Est.

KLP a découvert qu’il détenait des parts dans 26 de ces sociétés.

Il a alors évalué si les colonies pouvaient se maintenir sans les produits ou services fournis par ces sociétés.

Finalement, KLP a exclu 16 de ces 26 sociétés après avoir découvert que leurs services étaient essentiels au maintien des colonies.

Trois d’entre elles sont des entreprises de construction et d’ingénierie, dont la française Alstom, impliquée dans la construction du tramway de Jérusalem qui relie des colonies illégales entre elles et à Jérusalem.

Les banques israéliennes Hapoalim, Leumi, First International, Israel Discount Bank, Mizrahi Tefahot ont été exclues pour leur « contribution directe au développement, à l’expansion ou au maintien des colonies et de leurs activités ».

Vendre Motorola Solutions a été « une décision tout à fait évidente » pour KLP puisque ses systèmes et logiciels de sécurité vidéo servent à la surveillance des Palestiniens, a rapporté Reuters.

Dans le secteur des télécommunications, le fonds de pension a également abandonné Altice Europe basé aux Pays Bas, ainsi que trois entreprises israéliennes, quand KLP a découvert que la fourniture de services de communication « faisait des colonies des zones résidentielles attractives ».

KLP a exclu trois sociétés israéliennes d’énergie qui fournissent de l’énergie et du carburant utiles aux colonies.

Le fonds de pension norvégien a dit qu’il avait contacté toutes les sociétés, mais une seule a fait preuve de « quelque volonté de s’engager dans un dialogue, et aucune n’a démontré qu’elles avaient des systèmes en place pour réduire le risque de futures violations des normes ».

Fonds pétrolier norvégien

En mai, le Fonds de Pension du Gouvernement pour l’International, également connu comme le fonds pétrolier norvégien a annoncé l’exclusion des entreprises israéliennes Shapir Engineering and Industry et Mivne Real Estate.

Le fonds pétrolier a dit que les investissements entraînaient un « risque inacceptable que les sociétés contribuent aux violations systématiques des droits des individus dans des situations de guerre ou de conflit ».

En juin, KLP a suivi l’exemple du fonds pétrolier en excluant les deux entreprises.

Mivne possède et loue de la propriété commerciale dans des zones industrielles liées aux colonies en Cisjordanie.

Shapir construit en Cisjordanie, y compris des maisons dans les colonies.

L’Écosse désinvestit

Entre temps, le deuxième plus gros fonds de pension local d’Écosse, Lothian, a vendu pour près de 9 millions $ d’actions de la Banque Hapoalim.

C’est maintenant le troisième fonds de pension à se désinvestir du financeur des colonies après le fonds de pension Tayside en 2019 et le fonds de pension Falkirk en 2018.

L’action de Lothian a eu lieu après « Time to Divest » [Il est temps de désinvestir], offensive militante initiée par la Campagne Écossaise de Solidarité avec la Palestine et soutenue par des partenaires, dont le plus grand syndicat de service public du pays Unison Scotland.

Un an plus tôt, le fonds de pension hollandais ABP, l’un des plus gros du monde, s’est désinvesti de la Banque Hapoalim et de la Banque Leumi.

Ces deux banques sont lourdement impliquées dans la construction des colonies sur la terre palestinienne occupée.

ABP exige des sociétés dans lesquelles elle investit d’avoir une politique respectueuse des droits de l’homme lorsqu’elles travaillent dans des zones où existe un risque accru de violations, comme la Cisjordanie.

Les deux banques n’ont pas appliqué cette politique et n’ont par conséquent pas répondu à l’objectif d’ABP qui veut que ses investissements « contribuent à un monde durable ».